La Place du Navigateur sur le Poste de Travail

Les années 1980 ont vu un changement de paradigme dans l’informatique : l’élément de base de l’interaction homme-machine qu’était la « ligne de commande » s’est effacé au profit de la « fenêtre ». À cette occasion les applications, principalement exécutées sur un serveur distant, se déplacent vers le poste de l’utilisateur qui a gagné en puissance. Au cours des années 2000 un nouveau changement s’est amorcé, et la « fenêtre » laisse maintenant la place à la « page ». Ce changement s’accompagne d’un retour des applications sur un serveur distant, mais sans perdre la richesse qui avait été gagnée lorsque les applications étaient arrivées sur le poste de travail.

Le navigateur web, qui à son apparition dans les années 1990 n’était qu’une application parmi d’autres, est maintenant la plate-forme d’exécution privilégiée pour les applications utilisateur. Google va plus loin : avec Google Chrome OS (annoncé en 2009), le navigateur devient le système d’exploitation, et ainsi les seules applications admises sur la plate-forme sont les applications web.

Le Web en 1997 : Documents Seulements

Le Web en 1997 : Documents Seulements

Le navigateur comme plate-forme d’execution : un rêve ancien

Ce sont les nombreux avantages des applications web sur les applications desktop qui ont mené le navigateur web a prendre cette place.

  • Accès universel : une application web tourne sous toutes les machines, tous les systèmes d’exploitation équipés d’un navigateur moderne. Cela inclut des appareils qu’on ne considère pas forcément comme des ordinateurs : les téléphones mobiles, les consoles de jeux, les magnétoscopes numériques…
  • Déploiement et mise à jour : il suffit d’accéder à l’URL de l’application pour utiliser la version la plus à jour, sans avoir à installer quoi que ce soit sur le poste client.
  • Indépendance du poste de travail physique : un utilisateur peut retrouver ses données depuis n’importe quel poste, y compris une machine d’emprunt.

Face à ces avantages, il n’est pas surprenant de constater que l’industrie du logiciel s’est intéressée au web très tôt… Peut-être même trop tôt. En 1995, Sun publie Java 1.0 qui très vite permet d’exécuter des applications distantes dans un navigateur web, les applets Java. Vers la fin des années 1990, de nombreuses entreprises imaginent un « ordinateur réseau », sans espace de stockage dont toutes les applications seraient distantes. Le Network Computer d’Oracle et Acorn, NetStation de NetProducts, JavaStation de Sun Microsystem… Aucun n’a vraiment percé car il était trop tôt : le réseau n’était pas pervasif comme il est aujourd’hui, et les outils n’étaient pas prêts. Les pages web étaient principalement statiques, et les applets Java restaient limitées dans leurs fonctionnalités et leurs performances.

La situation est aujourd’hui différente : une part croissante de la population a un accès haut débit et permanent à Internet, et le navigateur web a muté en une plate-forme d’exécution qui rivalise avec les systèmes fenêtrés. Les entreprises web grand public, à commencer par Google, ont su tirer parti de cette plate-forme avec des applications telles que GMail, Google Docs et Google Calendar. Elles ont ensuite été suivies par les éditeur de logiciels « classiques » qui sont de plus en plus nombreux à migrer leurs offres vers le web.

Le Web En 2009 : Applications Riches

Le Web En 2009 : Applications Riches

Les Applications Web en 2010

Cette tendance s’accompagne de nouveaux défis qu’il convient de régler pour pouvoir progresser. Ceux-ci sont principalement :

  • Sécurité : la communication étant constante entre le serveur et le poste client, il est primordial de s’assurer (1) que personne ne peut intercepter les données (2) que personne ne peut se faire passer pour le client auprès du serveur et (3) que personne ne peut se faire passer pour le serveur auprès du client. Il est également important de protéger l’utilisateur des sites web malveillants qui peuvent exister.
  • Performances : l’application doit être réactive, rapide même quand la connexion est mauvaise ou aux heures d’affluence.
  • Intégration au bureau : pour des raisons de sécurité, les applications web sont restreintes dans leur communication avec la machine locale. Cela ajoute des limites aux applications web auxquelles ne sont pas soumises les applications natives.
  • Compatibilité : une des caractéristiques clé des applications web étant de pouvoir être utilisées dans n’importe quel navigateur moderne, sur n’importe quelle machine, il convient de maintenir cette universalité dans le développement web et les évolutions de la plate-forme.

Pour y répondre, des experts des entreprises concernées (Mozilla, Apple, Google, Yahoo et bien d’autres) ainsi que des experts indépendants réfléchissent aux évolutions possibles et souhaitables de la plate-forme web pour lever les limitations des applications web sans impacter la sécurité, les performances ou la compatibilité.

Ces évolutions se concrétisent à travers des organismes de standardisation tels que le W3C pour HTML ou ECMA pour Javascript.

  • Le stockage local (local storage) peut être utilisé comme une forme de cache, et ainsi réduire considérablement le temps de latence avec lequel l’utilisateur interagit avec ses données.
  • La géolocalisation a été introduite dans Firefox 3.5.
  • L’orientation de l’appareil a été introduite dans Firefox 3.6 (particulièrement utile sur les téléphones mobiles, que l’on peut tourner en portrait ou paysage).
  • ECMAScript 5 (la norme correspondant à Javascript) va apporter de la robustesse au langage à travers le mode strict, et ajouter des fonctionnalités permettant d’écrire des applications plus complexes plus simplement.
En 2010, le Web comme plate-forme unique (Chrome OS)

En 2010, le Web comme plate-forme unique (Chrome OS)

Ces évolutions ont amené Google à introduire un système d’exploitation complètement basé leur navigateur, Chrome. Ce système, baptisé Google Chrome OS mais pas encore disponible, ne permet d’utiliser que des applications web et abandonne définitivement les applications locales. De plus, ce système destiné aux ordinateurs sans disque dur est stateless, c’est-à-dire qu’aucune information n’est stockée localement et tout est sur le réseau. L’utilisateur peut facilement passer d’une machine à une autre sans avoir à faire quelque migration que ce soit.

Intranet : Profiter dès Aujourd’hui du Web de Demain

Sur le web ouvert, l’utilité de ces avancées est souvent retardée par l’inertie dans le renouvellement des navigateurs. Si un grand nombre d’utilisateur a gardé un navigateur ancien, il est nécessaire de rester à des technologies supportées par ces navigateurs.

Sur un intranet en revanche, la maîtrise du navigateur ouvre de nombreuses portes. D’une part, il suffit de faire le choix d’un navigateur récent pour profiter de leurs fonctionnalités avancées. Ainsi, choisir Firefox 3.5 ou Chrome 3.0 permet d’utiliser le stockage local, et de profiter des performances d’une machine virtuelle Javascript à compilation « juste à temps ». Cela permet de faire des applications plus riches, plus performantes à moindre coût.

Mais le contrôle du poste client permet d’aller encore plus loin : en utilisant des extensions, il est possible d’aller d’étendre le navigateur pour donner accès à des fonctionnalités normalement accessibles uniquement aux applications desktop. Par exemple, certaines extensions permettent d’initier un appel téléphonique depuis une page web. C’est aussi avec cette approche que Google a proposé Google Gears dès Mai 2007 afin d’offrir un mode déconnecté pour les applications web. Il convient toutefois de garder à l’esprit que l’usage d’extension comporte un risque de dépendance au navigateur choisi. Il est donc recommandé (1) de se limiter à des extensions de petite taille, pour faciliter la maintenance et la portabilité (2) de rester tant que possible proche des recommandations du w3c. Ainsi, lorsqu’une version plus récente du navigateur choisi supportera la norme, la migration depuis l’extension sera facilitée.

Conclusion

Le navigateur est aujourd’hui un élément stratégique du poste de travail : c’est la plate-forme d’exécution d’applications par excellence, en passe de supplanter complètement les applications locales. Par conséquent, il convient de lui consacrer beaucoup d’attention. Le choix d’un navigateur adapté vous permettra de développer des applications intranet puissantes à moindre coût, tandis qu’un navigateur plus limité peut être un véritable frein dans le développement des outils d’accès à votre système d’information. De plus, des développements trop dépendant d’un navigateur peuvent rendre une migration future très coûteuse et potentiellement empêcher une modernisation pourtant nécessaire.

Zenexity possède une expertise des technologies web allant des solutions serveur au fonctionnement même des navigateurs majeurs. N’hésitez pas à nous contacter si vous avez besoin de conseils dans le choix stratégique du navigateur, ou pour connaître les solutions permettant de limiter les coûts et les risques liés à la migration vers un navigateur moderne.

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